Voyage en dyslexie

Récit du parcours-type d’un enfant vers un diagnostic de dyslexie.

Le premier rendez-vous chez l’orthophoniste

Je reçois Evan, un enfant de 8 ans. On me le dépeint comme très motivé en classe, mais lisant très laborieusement, lentement. Cela l’exclue du reste de ses camarades.
L’institutrice est soucieuse pour cet enfant, mais ne trouve pas les moyens ni le temps de l’aider en situation de classe. Elle a donc décidé de l’orienter vers une orthophoniste, pour qu’un diagnostic puisse être établi.

Voyage en dyslexie - dialogue ortho et enfant

Les tests

Evan et moi entamons alors une série de tests, répartis sur plusieurs séances. Cela lui demande énormément de courage et d’efforts. Mais il tient à me montrer tout ce qu’il sait faire, même s’il échoue.

Je reçois ensuite les parents.

Voyage en dyslexie - dialogue avec les parents 1

Voyage en dyslexie - dialogue avec les parents 2

L’explication des résultats

Je reçois Evan pour lui présenter les résultats de ses tests. Il n’est pas rassuré.
Je lui présente les points qui me font supposer qu’il serait dyslexique. Je lui annonce également la démarche de rééducation que nous pourrions initier. J’ai besoin d’obtenir son adhésion qui sera source de motivation. Nous définissons les objectifs et je lui propose des
stratégies d’accommodation.

Je dois maintenant annoncer les résultats aux parents, et leur expliquer :

1 /  que ce n’est pas rare :

La dyslexie est un trouble du développement cognitif durable. Il est considéré comme un handicap et touche environ 5% de la population, soit 1 à 2 enfants par classe. Pour les enfants concernés, le cerveau ne peut pas automatiser les processus communément impliqués dans la lecture. Mais il prendra d’autres voies. Le parcours ne sera pas facile, mais nombre de dyslexiques réussiront toujours à progresser à leur rythme, jusqu’à trouver leur chemin dans une voie professionnelle qui conviendra. Certains développeront même d’autant plus leur créativité artistique ou scientifique. Un bref coup d’œil aux personnages célèbres dyslexiques révèle bien que ce trouble n’affecte pas l’intelligence et n’interdit pas d’accéder à des filières « prestigieuses » !!! [A. Einstein, L. De Vinci, T. Edison, A. Rodin, N. Tesla, J.F.Kennedy, L.Van Beethoven, E.A.Poe, G. Flaubert, etc.]

2 / qu’il faut surtout s’y prendre à temps :

chez certains dys, comme les dyslexiques phonologiques, le déchiffrage reste un mode de lecture comme au premier jour d’apprentissage, mobilisant toute l’énergie de l’enfant pour décoder les lettres, et leur associer les sons de la langue. Parfois, l’enfant n’est pas gêné pour automatiser les processus de décodage mais il ne parvient pas à passer dans un mode de lecture expert. La complexité des textes grandissant avec lui, il lui est de plus en plus laborieux d’accélérer sa vitesse et de repérer les éléments pertinents de sens. Sa compréhension en est souvent très altérée. Nous parlons alors de dyslexie de surface. La dyslexie est rarement un trouble isolé. D’autres troubles lui sont associés. Elle s’exprime de façon plus ou moins sévère, allant d’erreurs qui augmentent en cas de fatigue, jusqu’à l’illettrisme.

3 / qu’il y a de nombreuses solutions :

travailler en remédiation (on se concentre sur la capacité à lire) ou bien travailler par compensation (on contourne les difficultés).
Par exemple, pour le trouble lié de dysorthographie, ou tout simplement l’inconfort causé par l’écriture manuscrite, on propose l’entraînement par ordinateur, avec des claviers adaptés.
Pour se diriger vers une autonomie dans le processus de lecture, les outils informatiques comme les tablettes numériques sont également en plein développement !

L’accompagnement d’un enfant dys

Voyage en dyslexie - dialogue avec les parents 3

Devant leurs yeux étonnés, je poursuis…

  • Leur fils Evan n’est ni un feignant ni un déficient intellectuel. Quand on a autant de mal à lire, on se retrouve aussi en difficulté en maths et dans toutes les matières en général. Si Evan répond à côté, cela peut souvent venir du fait qu‘il n’a pas compris la consigne. Pourtant, il se verra généralement entendre qu’il n’a pas assez travaillé où qu’il n’a pas assez réfléchi. Il faut donc expliquer aux parents et à l’enseignant que ce n’est pas par manque de travail ou d’intérêt qu’il rate.
  • Souvent les enfants dyslexiques utilisent leur mémoire auditive et peuvent réciter à l’oral leur leçon. Les parents d’Evan pourront donc le soutenir à l’oral aussi à la maison, tout en s’assurant qu’il ait bien compris.
  • Ce n’est pas en confrontant Evan sans arrêt à ses difficultés qu’il aura envie de s’accrocher et d’apprendre. Pour le soulager dans ses efforts, à la maison, les parents pourront lire tous les textes que l’école donne. Pour la classe, on étudiera au fur et à mesure les outils de compensation qui lui seront les plus utiles.

Je n’ai jamais vu un enfant s’arrêter de grandir. Si nous rendons aux enfants Dys le plaisir d’apprendre, ils auront envie de découvrir de nouvelles choses au même titre que les autres enfants. La motivation est le facteur premier de la réussite.

Le parcours de rééducation

Suite aux résultats, les parents, l’institutrice et moi-même, nous nous mettons d’accord pour une prise en charge ré-éducative sur six mois. Au terme de cette période, une nouvelle évaluation sera faite, afin de confirmer ou d’infirmer l’hypothèse initiale de dyslexie.Démarche d'un diagnostic dys

Pour Evan et ses parents c’est le début d’un long parcours semé d’institutions en tous genres, de rendez-vous, de dossiers à remplir…
Des compléments de diagnostics seront effectués (orthoptiste, psychologue, psychomotricien, …) . Chaque intervenant viendra donner son avis, parfois contradictoire, amenant les parents à se perdre dans les méandres des prises en charge multiples. Les semaines se chargent de plusieurs rendez-vous après l’école, ne laissant plus aucun moment à l’enfant de souffler, de se détendre, de rêver…

Mais l’orthophoniste proposera à l’enfant de jouer. Il pourra ainsi évaluer ses compétences dans des activités qui n’ont rien à voir avec le scolaire. Petit à petit, l’enfant reprendra confiance en lui et se risquera un peu plus dans des activités d’apprentissages dont il s’était détourné.

L’enfant  progressera d’autant mieux si l’école accueille son trouble avec bienveillance. L’enseignant fera aussi beaucoup d’efforts pour maintenir l’enfant dans une dynamique d’apprentissage.
Doucement, il utilisera tout ce qu’on lui donne comme “trucs”, pourra alors montrer qu’il est capable de comprendre et il se remettra à flot.